Une petite histoire des funérailles

Un combat laïque peu connu, fut, dès les années 1850, la revendication des funérailles civiles. A cette époque on fermait les cimetières aux athées, on excommuniait leur famille et on profanait leurs tombes. En théorie, les enterrements civils étaient autorisés mais, en pratique, ils se heurtaient à de graves difficultés parce que les autorités religieuses avaient le monopole du matériel utilisé lors des inhumations et en contrôlaient strictement l'emploi. Dans les cimetières, tous ceux qui mouraient en dehors de l'Église, les enfants non baptisés compris, étaient relégués dans le "trou au chien", le "coin des réprouvés", qui n'était même pas toujours prévu ! Plus d'une fois le cimetière se trouvait fermé par le clergé qui le considérait comme une propriété ecclésiastique.

De ces luttes laïques sont nées les réglementations des cimetières publics, organisés par les pouvoirs communaux, garantissant un accès égal pour tous. Ainsi, la loi du 20 juillet 1971 établit le caractère public des cimetières et en fait un service public, à charge de la commune. Les principes de base qui fondent les réglementations existantes reposent sur les articles 10 et 11 de la Constitution (égalité et non discrimination) ainsi que l'article 19 (liberté de manifester ses opinions).

Du rite aux cérémonies :

la personnalisation des funérailles


Les funérailles en France se sont très longtemps inscrites dans des rituels religieux formulés par l’Eglise catholique. Ces rites, qui se transforment dans le temps, prennent et ont besoin de temps, représentent une réponse collective à différents événements de la vie et, lors des funérailles, donnent du sens à la mort. En effet, la mort n’est jamais exclusivement considérée comme une donnée biologique –comme « naturelle », « normale »- ; la perte d’un être cher suscite toujours des réactions car la mort est perçue comme inacceptable et remet donc en question l’organisation de la famille, de la communauté de quartier... Les rites s’inscrivent alors dans un processus d’affiliation qui permet de donner une place au défunt en le réinscrivant dans une famille multi générationnelle, dans une communauté religieuse… Le rituel donne du sens à la séparation d’avec l’être cher, en codifiant le temps, en ouvrant sur l’au-delà. C’est donc à la fois une reconnaissance collective et une réponse collective, organisées sous la forme de rites. Les évolutions récentes tendent à transformer ces rites, qui assignent à chacun ce qu’il peut et doit faire, en cérémonies personnalisées.

Les classes d’honneur
Jusque dans les années 1970-1975, l’Eglise catholique propose une organisation des funérailles basée sur un découpage en trois ou quatre classes d’honneur qui prennent en compte la catégorie sociale du défunt et de sa famille ; la « première première » classe est donc réservée aux personnes ayant une position sociale et un patrimoine élevés.
Bien que la messe de funérailles soit la même pour tous, ce qui différencie les classes les unes des autres, c’est l’apparat : le décor à l’intérieur de l’église change, le luminaire est plus ou moins important, le nombre de prêtres, de chantres, de chanoines… varie, tout comme l’heure fixée pour la cérémonie : elles ont lieu le matin, mais plus la classe d’honneur est élevée, plus elle se déroule en fin de matinée. Ce découpage en classes d’honneur se renouvelle au niveau la pompe funèbre : corbillard, tentures…
C’est le prêtre qui décide d’accepter ou non la messe de funérailles pour le défunt. L’Eglise catholique tend à exclure un certain nombre de personnes, laissant alors des familles endeuillées souvent désœuvrées car, jusque dans les années 1975-1980, la représentation sociale de la « belle mort » se marque par des rites catholiques où le prêtre tient un rôle prépondérant. Sont donc exclus de l’Eglise les suicidés, les enfants non baptisés, les personnes considérées comme « de mauvaise vie »…
En conséquence de quoi, les obsèques civiles sont plus perçues comme une « punition » que comme un véritable choix possible.

Vatican II ouvre une brèche
En 1972, la fin du Concile de Vatican II est consacrée aux funérailles et à la mort. C’est lui qui ouvre à la personnalisation des funérailles.
Outre le fait que désormais les messes seront célébrées en langue vernaculaire -et non plus en latin- afin que les fidèles puissent comprendre et donc participer davantage afin qu’ils soient acteurs de leur foi ; c’est tout le discours de l’Eglise qui est modifié : il ne doit plus être axé sur la peur, l’enfer… mais l’espoir dans l’au-delà. Il est retiré aux hommes d’église le droit de juger les fidèles.
Pour estomper le côté macabre, les tentures noires vont de moins en moins être utilisées ; dans la tenue vestimentaire du prêtre, l’étole de couleur noire est remplacée par la couleur violette, symbole de l’espoir. Les classes d’honneur doivent également disparaître.
Vatican II est aussi une ouverture œcuménique et une invitation à ce que les laïcs trouvent leur place dans l’Eglise, à côté du prêtre.

Débuts de la personnalisation
Même s’il faut quelques années avant que ces décisions prises lors du concile se mettent vraiment en place -certains prêtres les attendaient tandis que d’autres les redoutaient- ; ce renversement est important.
Ce concile marque le début de la personnalisation des cérémonies d’obsèques. En effet, il n’y a plus la même célébration pour tout le monde puisque c’est avec les proches endeuillés que le prêtre organise les funérailles. Le panagérique est au cœur de la cérémonie : la cérémonie devient un moment unique à l’image de l’unicité du défunt. Au fil des années, l’investissement de la famille va changer tant dans le fond que dans la forme : dans un premier temps, l’Eglise s’organise pour proposer un choix dans les textes lus pendant la cérémonie. Puis, dans un second temps, il est laissé le choix aux proches de proposer musique, chants, textes… A l’inverse des rites qui assignent et dont le déroulement met en scène des gestes, des paroles… précis avec une symbolique particulière; ces cérémonies sont centrées sur le défunt sans forcément l’affilier ni proposer du sens à la mort – autour de la résurrection, par exemple-.
En parallèle, le rôle des laïcs s’accentue dans les années 1998-1999 en lien avec leur reconnaissance de plus en plus importante par l’Eglise et du fait de la diminution de nombre de prêtres et leur vieillissement. Aujourd’hui, ce sont des laïcs qui célèbrent les obsèques dans le cadre de cérémonies sans messe. Pour un bon accompagnement, ils suivent une formation sur deux ans et portent souvent un signe distinctif – une croix en cuivre, un émaux…-. Cette présence est possible du fait que la célébration des funérailles n’est pas reconnue comme un sacrement par l’Eglise ; elle peut donc être conduite par un fidèle baptisé puisque toute l’Eglise prie pour le défunt.

En resituant ces changements dans la société globale, ce processus s’inscrit dans une « affirmation de soi » très valorisée dans notre société, dans l’individualisation encouragée dans tous les domaines de la vie. Certes la communauté inscrit l’individu dans le groupe, mais les relations sociales se transforment et nous nous inscrivons dans des relations sociales beaucoup moins contraignantes et beaucoup plus mouvantes et choisies ; mais plus éphémères. La célébration des funérailles garde toute son importance car, comme le montre le sociologue Edgar Morin, la peur de la mort croît parallèlement à l’individuation : elle est plus intense dans les sociétés modernes où les droits du sujet sont reconnus et consacrés que dans les sociétés archaïques où l’individu n’existe pas sans le groupe.

L’éventail des cérémonies s’élargit
Ce sont les associations crématistes qui, dans un premier temps s’inscrivent dans une dynamique de proposition de sens. D’abord par la pratique du testament, elles incitent les personnes à marquer leur choix de la crémation et à signifier leurs volontés. Ensuite, progressivement, elles vont tenter de donner du sens au temps que dure la crémation en encourageant la personnalisation des cérémonies. Tout est alors à créer puisque si l’Eglise autorise la crémation en 1963, il n’y a pas de rite au sens d’une formule prescrite qui s’impose à tous ceux qui font ce choix. A la place de rites, c’est la personnalisation qui se développe au même titre que celle qui est mise en œuvre par l’Eglise catholique.

Très lentement également, le nombre d’obsèques civiles va augmenter. Ce sont alors les entreprises de pompes funèbres, sur demande des familles d’abord, puis un peu plus systématiquement par la suite, qui vont s’inscrire dans la personnalisation afin de prendre le temps de l’adieu qui, jusqu’aux années 1985-1990, ne durait que quelques minutes au cimetière. Des cérémonies personnalisées peuvent être proposées, avec parfois la publication de livrets rappelant la vie du défunt… La participation se fait au cimetière ou, en fonction du désir de personnalisation des proches, dans une salle avant la conduite au cimetière. Des gestes sont ainsi proposés au cimetière autour du sable, de pétales de fleurs… Le modèle se rapproche de modèle religieux qui, en tant que rite, a longtemps donné sens.

Des formes cérémonielles ont pu voir le jour comme le Patchwork des noms. Il est apparu à San Francisco en 1980 d’un sentiment de carence : celle, dans la société américaine, de rites correspondants à la spécificité de la pandémie du Sida qui a décimé des réseaux entiers, particulièrement dans la communauté homosexuelle.
Le Patchwork des noms est composé de carrés de tissus eux-mêmes constitués de 8 panneaux de 90 centimètres sur 180 cousus ensembles. C’est le Quilt. Chacun de ces panneaux a été réalisé à la mémoire d’une personne décédée du sida, par ses proches, et représente, autour de son prénom, des motifs, des couleurs, des matières qui caractérisent à leurs yeux l’être disparu. Des cérémonies transfrontalières ont pu avoir lieu, sans date fixe. Ces quilts ont alors été déployés dans des lieux publics. Ces manifestations internationales se réduisent ces dernières années du fait de la trithérapie qui a permis de diminuer la mortalité liée au Sida.

80% des obsèques sont religieuses
Si la société s’est déchristianisée, malgré cela, les funérailles ont lieu majoritairement à l’église et les personnes –surtout les plus éloignées de l’Eglise- restent très attachées à la présence du prêtre. Cela illustre le besoin d’ancrer le défunt dans une tradition vaguement religieuse, dans le temps long d’une histoire millénaire, bref dans une affiliation. C’est pourquoi la présence des laïcs, même si elle prend de l’importance, est freinée par la résistance des non pratiquants.
Il y a intimisation de la mort dans les sens où les cérémonies rassemblent moins l’ensemble de la communauté - villageoise, de quartier…- mais des personnes qui appartenaient au réseau du défunt et de ses proches, donc des groupes parfois plus restreints, conçus sur une base affinitaire et élective.


Madame Laurence Hardy
Sociologue-anthropologue
Chargée de cours, université de Rennes 2
Formatrice en Institut de Formation en Soins Infirmiers
Formatrice en Institut de Travail Social

http://www.afif.asso.fr/francais/chronique/hardy/hardy5.html

Ce que dit la Loi :


La liberté des funérailles a été consacrée par la loi du 15 novembre 1887, aux termes de laquelle « Tout majeur ou mineur émancipé, en état de tester, peut régler les conditions de ses funérailles, notamment en ce qui concerne le caractère civil ou religieux à leur donner, et le mode de sépulture ». Cette liberté s'exerce toutefois dans les limites fixées par les lois et règlements en vigueur. Les deux seuls modes de sépulture aujourd'hui admis en France sont ainsi l'inhumation et la crémation, l'administration refusant d'autoriser la conservation du corps d'une personne décédée par un procédé de congélation ou cryogénisation35

Alors que la dépouille mortelle ne peut connaître, en principe, que le cimetière pour destination, la loi est aujourd'hui muette sur le devenir des cendres.
L'article R. 2213-39 du code général des collectivités territoriales prévoit qu'après la crémation d'un corps, l'urne est remise à toute personne qui a qualité pour pourvoir aux funérailles.

Plusieurs destinations sont alors envisageables :

- sous réserve de l'autorisation du maire du lieu du dépôt, l'urne peut être déposée dans une sépulture, dans une case de columbarium ou scellée sur un monument funéraire ;
- elle peut aussi être déposée dans une propriété privée (elle peut être inhumée dans un terrain privé ou conservée au sein d'un domicile) ;

- les cendres peuvent être dispersées en pleine nature, sauf sur les voies publiques ou à moins de 300 mètres du rivage ;

- sous réserve de l'autorisation du maire, elles peuvent également être dispersées dans un lieu spécialement affecté à cet effet dans le cimetière, généralement appelé « jardin du souvenir ».
L'imprécision de la réglementation a conduit la jurisprudence à poser un certain nombre de principes :

- l'assimilation des droits du titulaire d'une case de columbarium à ceux du titulaire d'une concession funéraire dans le cimetière communal (Tribunal administratif de Lille - 30 mars 1999 - Tillieu c/ Commune de Mons-en-Baroeul) ;

- le droit pour le titulaire d'une case de columbarium de retirer à tout moment les urnes qui y sont présentes sans que s'imposent les règles propres à l'exhumation (Tribunal de grande instance de Lille - 23 septembre 1997) ;

- l'interdiction des sites cinéraires privés (Cour administrative d'appel d'Aix-en-provence - 15 janvier 2002 - Association site cinéraire intercommunal des Alpes maritimes) ;

- la possibilité pour la commune de déléguer en même temps que la création et la gestion d'un crématorium celle d'un site cinéraire accessoire du crématorium (Tribunal administratif de Paris - 25 juin 2002).

Ainsi qu'il l'a déjà été indiqué, l'ordonnance n° 2005-855 du 28 juillet 2005 relative aux opérations funéraires, sans se prononcer sur le statut des cendres, a donné une base légale à la concession d'espaces pour le dépôt ou l'inhumation des urnes ou la dispersion des cendres dans le cimetière. Un projet de décret est en préparation pour appliquer aux cases de columbarium et aux cavurnes le droit commun des concessions funéraires.

http://www.senat.fr/rap/r05-372/r05-3728.html

Quitter la vie, faire son deuil


Il est donc important, malgré l'aspect un peu tabou de la mort dans nos sociétés, de préparer de son vivant les dispositions qui devront intervenir lors de notre décès. La plupart des entreprises de pompes funèbres se chargent de toutes les formalités, tant pour l'inhumation que pour la crémation. Dans ce contexte, les laïques peuvent faire accompagner les funérailles civiles d'un cérémonial de leur choix. Les funérailles laïques peuvent permettre à l'entourage d'exprimer les sentiments profonds qu'ils gardent du défunt ou de la défunte. L'hommage volontaire des proches lors de la cérémonie de départ procède, à n'en pas douter, du travail de deuil.
La cérémonie de funérailles représente l’hommage rendu par la communauté des hommes à l’un des siens. Ainsi la cérémonie peut être considérée comme l’affirmation ultime de l’idéal laïque du défunt. Pour que ce choix soit suivi, il est possible d’effectuer une déclaration de volonté qui peut être manuscrite.
« Les tombes des défunts ne se trouvent pas dans les cimetières mais dans le cœur des vivants »
Lors de crémations par exemple, les familles sont désapointées et frustrées devant l'absence de cérémonial. En effet, il faut savoir que les membres du clergé ont la consigne de ne pas officier ailleurs que dans leurs églises.
Il est des cas où le défunt ne souhaitait aucune cérémonie religieuse. En d’autres circonstances –naissances, anniversaires, mariages– nous posons des gestes qui expriment nos sentiments et qui sont des moyens de les vivre et de les partager. Quand survient un décès, n’est-il pas souhaitable de faire de même? Nous croyons que c’est là une façon d’avancer dans un deuil. Poser des gestes personnels permet de “vivre” ce qui nous arrive, avec une plus grande conscience. Les funérailles doivent rappeler le défunt, ce qu’a été sa vie et ce qu’il aimait. Elles permettent aux proches d’exprimer concrètement ce qu’ils ressentent.

Allocution France Culture - Décembre 2004


Droit et laïcité
Funérailles laïques : ce qu'il faut savoir


Nous avions déjà abordé, dans ces colonnes, un certain nombre de questions concernant les obsèques civiles et l'existence éventuelle d'un rituel laïque. Ce qui avait suscité un certain intérêt et d'autres interrogations. Pour y répondre, nous avons interrogé notre ami Marcel Selves.


La Raison : aujourd'hui encore, la mort reste un sujet tabou ?


Effectivement, pourtant, elle nous concerne tous. Il est généralement admis que le premier signe de civilisation consiste à faire une sépulture aux défunts. Au début, simple tumulus de pierres, qui avait pour but d'empêcher les carnassiers de déterrer le cadavre, cette sépulture a pu revêtir ensuite un aspect plus solennel, monumental ou grandiose, selon le rang et la richesse du disparu. Ces sépultures sont d'ailleurs précieuses aux archéologues. Le souci d'honorer la dépouille d'un proche n'est donc pas un caprice récent: il est inhérent à la notion-même de civilisation et traverse toutes les cultures, avec, naturellement, des pratiques variées.


La Raison : dans ce domaine, les aspects juridiques ont une certaine importance .


C'est vrai et le code pratique des opérations funéraires est un pavé de mille cent cinquante deux pages. Si vous le permettez je vais donc faire plus court, au risque d'être un peu schématique:
Deux dates: 1905 et 1993.

La loi de 1905, fondatrice du système actuel des funérailles, est principalement marquée par le souci de la laïcité: en arrachant aux sociétés confessionnelles le service extérieur des pompes funèbres pour en accorder le monopole aux communes, elle investit les élus municipaux du devoir de garantir à leurs administrés le libre choix de leurs funérailles. Bien que ce monopole fut municipal à l'origine, il fut de plus en plus souvent concédé à des entreprises privées. De sorte qu'après quelques décennies, c'est une seule entreprise privée qui détenait de fait le quasi-monopole des pompes funèbres en France. C'est pour mettre fin à cette dérive que la loi de janvier 1993 a abrogé le monopole et laisse aux familles le libre choix de l'opérateur funéraire, quels que soient le lieu du décès, de l'inhumation ou de la crémation.
Concernant la liberté des funérailles, civiles ou religieuses, inhumation ou crémation, ici comme ailleurs, tout ce qui n'est pas interdit est permis. Quelques exemples de ce qui est interdit : trouble à l'ordre public, crémation ou inhumation hors des délais et hors des lieux destinés à cet effet. Transport de corps dans un véhicule non habilité à cet effet par la préfecture, etc. En résumé, tout hommage est possible sous quelques réserves réglementaires que l'opérateur funéraire pourra vous préciser.


La Raison : peut-on donner quelques conseils pour le choix de l'opérateur funéraire ?


Pour que la concurrence puisse jouer pleinement dans ce domaine, encore faut-il que les familles soient suffisamment informées des choix dont elles disposent. Ce n'est pas aujourd'hui le cas car seuls quelques groupes puissants ont les moyens d'une communication efficace.
Normalement, la mairie ou l'hôpital ont l'obligation de remettre aux familles une liste des opérateurs funéraires habilités. Mais il faut que les familles la réclament, parfois avec insistance, car cette liste est rarement remise spontanément. Il n'est pas aisé de choisir entre une nébuleuse de franchisés aux prestations standardisées, ou de soi-disant services municipaux de pompes funèbres maquillés à l'effigie du service public et autres délégataires officiels de la ville, qui ne sont en réalité que des sociétés anonymes à but lucratif.


La Raison : ce que l'on reproche parfois aux funérailles civiles, c'est leur brièveté. Pourtant, selon vous, rien ne s'oppose à ce qu'elles permettent de rendre à la défunte ou au défunt un hommage personnel et adapté.


Tout d'abord, précisons que, si la crémation est généralement un peu moins coûteuse que l'inhumation, ce n'est pas toujours le cas, l'aspect pécuniaire n'est donc pas déterminant. Ce qui doit plutôt guider le choix c'est le respect des souhaits qu'aura exprimés le défunt, de ses convictions philosophiques, voire religieuses.
J'exerce le métier d'entrepreneur de pompes funèbres. Je considère qu'il est de mon devoir d'inviter les familles à fonder leur choix sur une analyse objective des faits connus : le défunt aurait-il exprimé, à un moment ou un autre, une inclination, à défaut de pratique, vers telle ou telle religion? Si ce n'est pas le cas des funérailles civiles s'imposent. Car si le défunt n'avait pas choisi de religion de son vivant nul n'est fondé à lui en imposer une arbitrairement après sa mort. Et ce d'autant plus que le cérémonial civil peut être l'occasion d'un hommage beaucoup plus personnel que les différents rituels religieux qu'encadrent des liturgies et des dogmes rigides.


La Raison : en pratique, comment choisir le professionnel susceptible de réaliser le souhait de la famille ?


Beaucoup d'opérateurs funéraires considèrent que leur travail consiste seulement à transporter un cadavre d'un point à un autre dans le respect des règlements en vigueur. Heureusement, et nous revenons à la loi de 1993, les familles peuvent désormais choisir librement l'opérateur funéraire qui répond le mieux à leur attente, sans être limitées au lieu du décès, de l'inhumation ou de la crémation. La qualité de l'écoute conditionne la qualité du service et la plupart des prestations liées au cérémonial civil n'ont pas d'incidence sur la dépense. Je ne saurais donc trop recommander aux parents et aux proches, tout particulièrement pour des funérailles civiles, d'être attentifs aux qualités humaines des professionnels qu'ils consulteront et de ne pas hésiter à en consulter autant que nécessaire, jusqu'à rencontrer celui qu'ils jugeront digne de leur confiance. Pour sélectionner l'opérateur, voyez d'abord s'il est à votre écoute (les qualités humaines, ça se sent) puis demandez-lui ce qu'il propose pour des funérailles civiles. De la richesse de sa réponse vous pourrez augurer de sa capacité à vous accompagner dans votre deuil. Dans mon métier, il faut être attentif, inventif et compétent. Il faut une appréhension fine des souhaits qu'on aura réussi à susciter. Et à partir de là, savoir suggérer les pistes réalisables pour un cérémonial personnalisé.


La Libre Pensée : existe t-il des rituels courants à l'usage des funérailles civiles


La cérémonie de funérailles civiles ne ressortissant d'aucun rituel, d'aucun dogme, d'aucune liturgie, elle est à usage unique. Autrement-dit, elle doit être inventée de toute pièce à chaque fois. Car ce qui fait sens pour l'un ne fait pas sens pour l'autre. C'est la famille et l'entourage qui, en fonction du défunt et de ses relations à la vie et à autrui, devront fournir à l'opérateur funéraire la matière d'un cérémonial unique et personnel. J'y insiste: c'est dans la volonté et la capacité de l'entourage à s'investir dans le cérémonial que se trouve la clé d'un hommage abouti. Et c'est sur ce terreau fertile que pourra commencer un travail de deuil fécond.
Pour y parvenir, nous l'avons dit, l'aide d'un spécialiste attentif, créatif et humain peut être utile. Mais plutôt que d'abandonner ce moment singulier, celui de l'ultime séparation, à un professionnel routinier et mercantile, bref, à quelqu'un que l'on ne "sent pas", mieux vaut que l'entourage du défunt prenne seul en charge la conception du cérémonial et en impose le déroulement à l'opérateur funéraire. Il faut tout de même savoir que l'intervention du professionnel est obligatoire pour le portage, la fourniture et le transport du cercueil, ainsi que pour les manœuvres d'inhumation ou de crémation. Elle est aussi recommandée pour les démarches.


La Raison : est-il possible de donner quelques conseils pratiques ?


Quelques indications pratiques quant au cérémonial civil:


- Lieu de la cérémonie :
- Au cimetière, en choisissant un emplacement qui permette à l'assistance de se réunir commodément autour du cercueil. (Difficile par mauvais temps).
- Au domicile du défunt s'il n'est pas trop exigu, ou au domicile d'un parent ou ami.
- Dans la chambre mortuaire de l'établissement hospitalier où le décès a eu lieu, dans un funérarium ou dans un crématorium sous réserve qu'ils disposent d'une salle de cérémonie suffisante.
- Dans une salle municipale (à louer auprès de la Mairie), où une salle privée (avec accord écrit du propriétaire pour cet usage particulier), etc.


- Le cérémonial:
La cérémonie peut être dirigée par toute personne qui se sent en mesure de le faire. Aucun titre électif n'est requis ni aucun certificat de compétence. Il s'agira, pour la ou les personnes qui prendront en charge cette responsabilité, de donner au personnel (porteurs, chauffeur, fossoyeurs, etc.) les ordres nécessaires et d'expliquer à l'assistance le déroulement choisi pour les funérailles (placement, prises de parole, etc.). Naturellement, si la famille a pu confier cette mission a un bon professionnel, le déroulement des différentes phases sera sensiblement mieux "huilé".
Le contenu du cérémonial peut être fait de textes, de gestes, de musique, voire d'audiovisuel. En outre, le traditionnel repas de deuil peut être un utile moment de décompression après la cérémonie. Les possibilités sont infinies. Les textes pourront être choisis dans la littérature ou la poésie qu'aimait le défunt ou qui peuvent le mieux exprimer sa personnalité. Ils pourront aussi être rédigés par les proches. Des prises de parole peuvent être improvisées, etc.


- Les gestes: dépôt de fleurs, de dessins d'enfants ou d'objets personnels ou symboliques près du défunt avant la fermeture du cercueil. Pose de fleurs ou d'objets sur le cercueil pendant la cérémonie. Jet de fleurs sur le cercueil inhumé avant la fermeture de la sépulture ou dépôt de pétales de fleurs sur les cendres après dispersion. Geste d'affection près du cercueil avant l'ultime départ (inhumation ou crémation), etc.
Musiques et chansons enregistrées ou interprétées sur place si l'entourage comporte des musiciens (même amateurs). Cela peut aussi être des chansons écrites spécifiquement à l'intention du défunt par sa famille ou ses amis. Du baroque au rock, si je puis dire... Pour l'audiovisuel : diapos, vidéos, films, tout ce qui évoque en condensé la personnalité, les goûts, la vie du défunt. Il est toutefois raisonnable de veiller à ce que la durée des différentes étapes de la cérémonie soit proportionnée à la participation de l'assemblée.


La Raison : voici un point particulièrement important : beaucoup souhaitent des obsèques civiles. Pourtant, pour diverses raisons, ce vœu n'est pas toujours exhaussé. Comment faire en sorte que les dernières volontés soient respectées ?


En premier lieu, bien sûr, il faut en parler à son entourage et formaliser ses souhaits par un écrit remis à plusieurs personnes de confiance. Ou encore déposer un testament dans ce sens, de préférence chez un notaire. Mais quand un décès survient, les dispositions sont prises dans l'urgence et bien souvent le testament n'est porté à la connaissance de la famille qu'après que les funérailles aient eu lieu.


De plus en plus, le contrat obsèques (à valeur testamentaire) est retenu comme solution. Encore faut-il s'entendre sur le terme de contrat obsèques: selon la loi (nous y revenons encore une fois), celui-ci doit être est constitué d'un devis détaillé personnalisé assorti d'un contrat d'assurance. Ce devis, toujours selon la loi, ne peut être établi que par un opérateur funéraire habilité par la préfecture. Mais depuis quelque temps, des organismes financiers : mutuelles, caisses de retraite, banques, qui ne disposent d'aucune habilitation funéraire, font souscrire à leurs clients des pseudo contrats obsèques. Il s'agit de "forfaits". Les documents qui m'ont été remis par ces organismes proposent un choix entre 3 forfaits: l'un à 2500 €, l'autre à 3 500 € et le dernier à 5 000 €. Qu'est-ce qui est contenu dans ces "forfaits" ? Eh bien c'est on ne peut plus flou et aléatoire. Au moment de la réalisation des funérailles, l'entourage ne peut revendiquer aucune prestation clairement définie. Par surcroît, l'entreprise désignée dans ces contrats pour l'exécution des funérailles ne peut pas être choisie par le souscripteur. Elle ne peut pas non plus être choisie ultérieurement par sa famille. Ces contrats ne garantissent évidemment pas le respect de vos dernières volontés. Leur seul but est d'assurer, le moment venu, le versement d'une somme rondelette au prestataire désigné, en échange d'une vague prestation que vous n'aurez pas pu définir ni contrôler. En octobre, un texte a été voté au Sénat, tendant à clarifier la notion de contrat-obsèques. Mais avant qu'il soit appliqué de l'eau aura coulé sous les ponts et les "packages funéraires", comme disent les sociétés financières, continueront à sévir dans la plus grande opacité.


Si vous voulez vous assurer du respect de vos volontés, quant au cérémonial qui accompagnera vos funérailles, il vous faudra être particulièrement vigilant au moment de la souscription d'un contrat obsèques. Tout doit y être décrit et chiffré avec une grande précision ; aussi bien les prestations et fournitures strictement funéraires que les desiderata concernant le cérémonial. A cette condition seule, le contrat obsèques est un moyen sûr de faire respecter vos dernières volontés. Ne perdez pas de vue qu'à votre décès, votre entourage ne pourra pas revendiquer la réalisation ou la fourniture de ce qui n'aura pas été écrit dans le contrat.


Voici donc, à défaut de recettes, quelques pistes de réflexion. Bien entendu, c'est avec plaisir que je répondrai aux questions plus précises que les lecteurs pourront me poser par e-mail, sur le site de la Libre Pensée ou par courrier adressé à la Fédération nationale


http://librepenseefrance.ouvaton.org/medias/france_culture/fc_12_2004.htm