• Petite histoire du mariage

Jusqu’au XXe siècle, le mariage a toujours été une histoire de famille, l’affaire des parents. L’amour entre les futurs époux n’entrait pas en ligne de compte. D’ailleurs, pendant très longtemps, le mariage d’amour a été le privilège des pauvres. On se mariait pour renforcer des alliances, accroître ses richesses et assurer sa descendance. Il n’y a guère qu’en Egypte qu’on prenait en compte les sentiments : ce sont les fiancés qui se choisissaient. D’ailleurs, le mariage était un acte privé et non juridique : il n’y avait pas de cérémonie particulière. Les rituels du mariage tel que nous les connaissons n’apparaissent qu’au XIe siècle.


Alors, comment nos ancêtres se mariaient-ils ?

Dans l’Antiquité, les fiançailles n’engageaient pas les promis. On faisait des sacrifices et un augure examinait les entrailles de l’animal afin de déterminer si le mariage serait béni des dieux. Si c’était le cas, les fiancés échangeaient leurs consentements devant l’augure : « Ubi tu Gaius, ego Gaia » ce qui veut dire « où tu seras, toi, l’homme, je serais, moi, la femme ». Il y avait ensuite une fête à laquelle assistait toute la tribu, le village. Lorsque le marié emmenait sa femme chez lui, ils étaient accompagnés d’une procession qui chantait (souvent des chants grivois) et chahutait. Arrivés « à la maison des mariés, les enfants lançaient des noisettes […] gage de fidélité »
A Rome, le mariage dépend de l’appartenance sociale (les esclaves n’ont pas le droit de se marier) et il est inscrit dans le droit romain. Il est consensuel, mais il dépend aussi de l’accord des parents. Toutefois, l’axe le plus important reste le consentement des fiancés : « ce n’est pas la consommation qui fait le mariage, pas plus que le contrat ou un rite quelconque, c’est la réalité de l’accord des deux partenaires ». Le divorce est également inscrit dans le droit romain et est validé lorsqu’il n’y a plus de consentement : un seul des deux époux peut demander le divorce.
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Le mariage chrétien romain est également basé sur le consentement. Mais, il refuse deux aspects du droit romain : l’exclusion des esclaves et le divorce. Les prières et offrandes aux idoles deviennent l’action de grâce à Dieu. La cérémonie est simple : on met un voile sur les époux ou juste sur la mariée. La bénédiction du prêtre n’est pas obligatoire mais recommandée. C’est Saint-Augustin qui a fondé les grands principes du mariage chrétien, et notamment son indissolubilité. Les trois fondements sont : proles (fécondité), fides (fidélité) et sacramentum (sacrement, donc indissoluble).
 
En Mésopotamie et chez les Hébreux, le mariage se fait en plusieurs étapes. Il y a des négociations, des échanges de biens, un prix nuptial payé par le fiancé au père de sa promise. L ‘échange des consentements est plus fort que les fiançailles romaines : il y a une notion de promesse. Enfin, la fiancée est remise à son mari.
Avant les carolingiens, le mariage se déroule en deux étapes : les fiançailles (dans le sens de promesse) qui sont un accord conclu entre les père et le fiancé ; la mariée ne choisit pas. Il y a alors le versement de la dot qui marque le consentement. Après un temps plus ou moins long, il y a des fêtes familiales et religieuses. On retrouve le rite de l’anneau, la remise d’actes écrits, un banquet, la remise de la mariée à son époux, la bénédiction par le prêtre du couple et de la chambre nuptiale : la consommation du mariage est très importante.
 
Sous les carolingiens, le consentement des parents est aussi essentiel. Le pouvoir de l’église devient puissant. On retrouve les fiançailles, l’échange des consentements, la rédaction d’un écrit et la présence de témoins. De même que le versement de la dot et la bénédiction du prêtre.
Au Moyen-Âge, l’église prend une place encore plus importante. Là encore, on retrouve le contrat entre les familles qui établit les fiançailles, l’échange des consentements, la remise de la mariée à son époux, la cérémonie du coucher et la bénédiction du lit par le prêtre. On commence à voir apparaître des rites religieux au XIe siècle. D’abord, le mariage se fait dans la maison : il y a des prières, la bénédiction des anneaux, des cadeaux et la bénédiction de la chambre et du lit nuptial. La messe se fait dans la maison. Au XIIIe siècle, c’est le prêtre qui remet la fiancée à son mari sous le proche de l’église et la bénédiction des anneaux ainsi que l’échange des consentements se font devant l’église. Il y a ensuite une messe et la bénédiction des époux dans l’église. La consommation rend l’engagement irrévocable.
 
A l’âge classique, le mariage se fait devant le prêtre et devant témoins. Le prêtre doit être le curé de la paroisse et il interroge les mariés en leur demandant si ils consentent. Il les déclare ensuite unis et mariés. Le père reste toujours le maître de la décision, mais les choix des jeunes gens sont entendus.
La Révolution Française amène la séparation de l’Eglise et de l’Etat : les baptisés se marient donc deux fois, à la mairie et puis à l’église. C’est le mariage civil qui est le plus important à partir de maintenant, le mariage religieux restant un acte de foi.
 
 
Le mariage moderne relègue au second plan la famille et le lignage. C’est l’avènement du couple, la mise en avant de l’affectif et le rôle privilégié de l’amour : l’Eglise même reconnaît que le mariage ne doit plus être seulement à des fins de reproduction (second Concile du Vatican)
Aujourd’hui, le mariage ne sert plus de passeport pour la vie sexuelle, ni à fonder forcément une famille, ni à s’unir à coup sûr pour la vie et encore moins à organiser la mise sous tutelle de la femme. On se marie pour s’engager publiquement et pour faire la fête.

 

Napoléon avec son code civil a fixé la législation matrimoniale : le mariage civil est un mariage laïque au sens strict du principe de laïcité de l’État, c’est un acte administratif. Le mariage religieux inclus un cérémonial et des rituels, qui semblent donner une certaine validité à l’engagement des époux. Mais c’est aussi un acte de foi. Or, pour les non-croyants, la Mairie semble souvent bien trop rapide : il n’y a pas d’échange de vœux, ni même l’échange des alliances. Et seule la religion semble permettre une cérémonie de mariage dans son sens le plus large. Aujourd’hui, il y a d’autres possibilités.